vendredi 8 novembre 2013

Agôn - revue des arts de la scène : L'étrange chœur du langage : Suite n°1 « ABC », Encyclopédie de la parole

Marion Siéfert 

L'étrange chœur du langage : Suite n°1 « ABC », Encyclopédie de la parole


Collectif qui rassemble des personnes fascinées par l'oralité sous toutes ses formes (poètes, metteurs en scène, linguistes, musiciens, comédiens, plasticiens, sociologues, réalisateurs radio, cinéastes, etc.), l'Encyclopédie de la parole proposait dans Parlement, présenté également lors de cette édition du Festival d'Automne, de concentrer dans le corps et la voix d'une seule comédienne (Emmanuelle Lafon) les paroles de mille autres locuteurs. Impossible pari d'une voix caméléon qui glissait d'une parole à l'autre et nous emportait, au détour d'une phrase, dans un contexte radicalement éloigné du premier. Suite n°1 « ABC » inverse cette perspective et c'est la voix multiple d'un chœur de 22 personnes, dirigé par Nicolas Rollet, qui reproduit au plus près les enregistrements collectés puis composés par Joris Lacoste. Extraits de E.T., exercices de prononciation, poèmes qui comptent parmi les classiques de la récitation scolaire, apprentissage du français, d'un anglais mâtiné de russe, de l'accompagnement clavier de Imagine, de l'alphabet hébreu, cours de mathématiques, master-class avec Maria Callas, conversation lors d'un dîner entre amis, babil de deux enfants, voix de synthèse prononçant les paroles de la chanson ABC des Jackson Five : ce spectacle est bien une suite musicale, faite de plusieurs pièces dont la tonalité commune est le B-A BA de notre apprentissage du langage. Loin de se résumer à un pot-pourri de nos différentes méthodes d'acquisition de la langue, ce projet de Joris Lacoste en interroge subrepticement les usages et les caractéristiques formelles, dissimulés le plus souvent dans nos pratiques linguistiques les plus banales, quotidiennes et triviales.
 

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 Dans Suite n°1 « ABC », il s'agit moins de rapprocher des paroles qui n'ont, à première vue, aucun rapport entre elles, que de briser la relation de familiarité que nous entretenons, moins par ignorance, que par routine, au langage. Le caractère troublant de ce spectacle tient avant tout dans le travail du chœur, dont la précision musicale fait ressortir le caractère artistique et fabriqué du langage : c'est la façon que Claire Chazal a de séparer une entité syntaxique par une respiration et à l'inverse, que le français a de réunir bizarrement les mots par des liaisons ; c'est l'image statique d'une conversation dans un dîner entre amis, où tout le monde parle en même temps, puis se tait, puis répète sans cesse la même chose pour se faire entendre ; ce sont tous les tics de langage, les bruits de bouche, les soupirs et les souffles qui apparaissent comme amplifiés. Solipsisme de nos paroles lorsqu'elles semblent n'avoir besoin de personne pour se dérouler.
    Le trouble éprouvé devant Suite n°1 « ABC » est de ceux qui nous amènent à réajuster notre dispositif de perception. Sa force théâtrale tient en trois choses : premièrement, dans l'idée que le langage et la musique peuvent être mis en tension avec un espace ; deuxièmement, dans l'attention aigüe des choristes qui, sans chercher à jouer, sont entièrement investis par une concentration proche de celle des visages de musiciens ; troisièmement, dans des effets de miroir qui nous révèlent inopinément à nous-mêmes, spectateurs. Spatialiser la parole, c'est d'abord l'analyser, mais aussi la décupler ou en extraire la vérité déformée. Ainsi, une scène d'accouchement est représentée de la façon suivante : un chœur assis comme dans un wagon sur des montagnes russes dit la femme qui accouche, un duo endosse le médecin, trois autres choristes font le père et un autre, isolé, est l'enfant. Dans les projets de l'Encyclopédie de la parole, il n'est jamais question d'interpréter les voix, de les investir d'une intention, mais au contraire, d'effacer toute velléité de jeu derrière la tâche difficile de reproduire au plus près un document réel. Quand il s'agit du bégaiement d'un enfant posant une question, la tâche se révèle si difficile, que le duo chargé de la restitution s'y reprend à plusieurs fois : des gestes incontrôlés surgissent, des rires fusent, la concentration lâche et se resserre. C'est alors tout un processus de travail qui nous est donné à voir, dans ses dimensions ludiques, enfantines et joyeuses.
    Si le trouble naît de ce plaisir des comédiens que l'on peut partager dans un grand éclat de rire, il surgit également au travers d'effets de miroir, dans lesquels le public se reconnaît avec la fulgurance brusque que possède l'apparition inattendue de sa propre image dans une vitre. Des applaudissements qui ne veulent pas s'arrêter et auxquels les comédiens répondent par des « thank you » lassés. Le rang des choristes qui s'avancent soudainement et semblent nous interpeller avec une brutale frontalité. Un « demandez le programme » entonné en canon. Parfois, une voix s'élève du fond de la scène et donne la réplique au chœur. À la chorale sur scène, répond celle des oreilles de la salle, dont les voix du plateau colorent les visages. Si parler a une forme, écouter en a mille autres.

Suite n°1 « ABC »
, du 19 au 23 novembre au Nouveau Théâtre de Montreuil, dans le cadre du Festival d'Automne.

mardi 8 octobre 2013

L'encyclopédie de la parole - Libération 30 septembre 2013


La Parole a voix au chapitre
EDOUARD LAUNET 30 SEPTEMBRE 2013 À 18:06


Sons . A Paris, deux spectacles du collectif l’Encyclopédie de la parole encensent les mots pour la forme.
Suite n°1 «ABC». La base de l'Encyclopédie de la parole indexe 800 documents sonores.
Dans le cadre du festival d’Automne à Paris, la parole sera à la parole, sous toutes ses formes. D’abord avec Parlement, reprise d’un spectacle créé en 2009 où, durant une heure, l’époustouflante Emmanuel Lafon se glisse comme une transformiste dans des dizaines d’identités et de voix différentes. Puis avec Suite n°1 «ABC», création où ce sont cette fois jusqu’à 22 personnes qui se prêtent à ce jeu sous la direction d’un chef de chœur : la parole devient concert. Ces deux spectacles à la fois drôles et ahurissants ont pour point commun d’être issus des travaux d’un collectif baptisé
l’Encyclopédie de la parole et d’avoir été mis en scène par Joris Lacoste (lire ci-contre).
 
Horizons. L’Encyclopédie de la parole s’est constituée en 2007 pour collecter et étudier des documents sonores en s’attachant à la forme plus qu’au fond. Projet à la fois artistique et documentaire, il associe des personnes de tous horizons : chercheur en linguistique (Nicolas Rollet), actrice (Emmanuelle Lafon), metteur en scène (Joris Lacoste), commissaire d’exposition (Grégory Castéra), enseignante (Valérie Louys), créateurs plus inclassables (Frédéric Danos, David Christoffel, Elise Simonet), le groupe se renouvelant régulièrement.
La base sonore constituée par l’Encyclopédie, accessible sur son site, contient aujourd’hui 800 documents, tous indexés en fonction d’une vingtaine de critères. Certains sont évidents, comme «mélodie» - «tantôt accidentée, répétitive, contrastée ou monotone, la mélodie donne à la parole toute son expressivité» - ou «cadence» - «processus rythmique qui offre au locuteur des appuis lui permettant de clarifier son discours, de parler vite ou longtemps, de susciter l’adhésion et l’enthousiasme». D’autres le sont moins, comme «projection» - «phénomène par lequel une parole s’adresse à un interlocuteur absent. Privé de rétroaction, le locuteur projette une image de son destinataire et construit une parole qui révèle l’idée qu’il se fait de leur relation, plus ou moins intime ou générique, réelle ou stéréotypée». Chaque extrait vient se ranger sous un ou plusieurs de ces critères. Les membres du collectif se retrouvent tous les six mois environ pour examiner les nouveaux documents collectés et les indexer.

Continent. Cette matière riche et organisée, au sein de laquelle on trouve aussi bien l’annonce d’une hôtesse sur un vol d’Air Maroc qu’un dialogue entre Stéphane Bern et Alexis Grüss, ou encore un extrait de discours pour le poste de gouverneur de l’Etat de New York, est devenue, presque incidemment, le matériau de base de spectacles vivants mis en scène par Joris Lacoste. En dissociant autant que possible le fond et la forme, ces performances font vivre une expérience à la fois jouissive et dérangeante. Elles montrent à quel point la voix humaine, chose on ne peut plus banale, reste un
continent inconnu, toujours surprenant. Pourvu qu’on le parcoure d’une autre oreille.

Edouard LAUNET

L'encyclopédie de la parole - interview Joris Lacoste - Libération 30 septembre 2013

Joris Lacoste met en scène à Paris Parlement et Suite n°1 «ABC», créations du collectif l’Encyclopédie de la parole, dont il est le cofondateur.
Comment est née l’Encyclopédie de la parole ?
Le projet a vu le jour en 2007 aux Laboratoires d’Aubervilliers, dont j’étais à l’époque codirecteur. Il est né de l’intérêt partagé d’un groupe de personnes pour la parole sous toutes ses formes. Certains étant plus axés sur la poésie sonore, d’autres collectionnant des cours de philosophie au Collège de France ou enregistrant des choses très diverses, moi-même aimant à mettre en relation des documents relevant de contextes différents. Cela nous a amusés de comparer nos approches, d’établir des correspondances entre nos documents sur la base de leur forme, par exemple rapprocher un cours de Deleuze d’un commentaire sportif.
Comment cela a-t-il fonctionné en pratique ?
La première étape a été d’inviter à Aubervilliers des collectionneurs, ou plutôt des collecteurs de documents sonores, ainsi que des gens d’horizons divers : sociologues, cinéastes, journalistes… Chaque mois, on se réunissait autour d’un critère : la cadence, les répétitions ou la ponctuation, essayant de voir comment chacune de ces notions pouvait associer divers enregistrements. Durant la première année, nous avons demandé à des artistes sonores - compositeurs ou réalisateurs de radio par exemple - de faire des montages à partir des documents réunis, ce qui était une manière de partager ce travail, mais aussi de découvrir des parentés entre enregistrements. Nos deux grands principes ont donc été de garder une pluralité des registres (toutes formes de paroles) et des pratiques en réunissant des spécialistes du théâtre, des sciences, de la danse, de la composition.
D’où est venue l’idée de faire des spectacles à partir de cette matière ?
Elle n’est apparue qu’au bout d’un an et demi. Au début, nous avions seulement le projet de constituer des archives. Puis, en cherchant des moyens de diversifier la présentation de notre travail - via des visites guidées, des installations [à la Villa Arson, à Nice, ndlr], des jeux -, nous avons eu envie de faire un montage de certains documents et de les faire dire par un acteur. C’est devenu Parlement. Une première version de vingt minutes a été conçue, nous avons rencontré l’actrice Emmanuelle Lafon à cette occasion. Comme ça marchait plutôt bien, nous avons décidé d’en faire un spectacle d’une heure, qui a vu le jour en 2009. Ensuite, nous avons créé la chorale de l’Encyclopédie, selon le même principe de restitution mais à plusieurs voix, sur des durées de dix à quinze minutes. Retravaillé sur quatre-vingt-dix minutes, ça a donné lieu à Suite n°1 «ABC».
Le public rit souvent. Ça vous choque ?
Non. Nous rions nous-mêmes beaucoup. Mais pas forcément aux mêmes endroits. Il y a un effet comique naturel dû aux glissements de contextes, aux coq-à-l’âne qui s’enchaînent. Certains spectateurs nous interpellent : mais comment des interventions de Deleuze peuvent-elles être mises en rapport avec des choses aussi vulgaires que Secret Story ? Dans une des premières pièces que nous avions conçues, il avait été envisagé d’insérer un discours de Hitler, mais cela s’est révélé très difficile car l’extrait colorait instantanément tout ce qui était venu avant ou arrivait après. Finalement, on a mis un bout du Dictateur de Chaplin.
D’où vient la jouissance que l’on éprouve dans cette dissociation du fond et de la forme ?
Il y a une jouissance à voir apparaître la forme de la parole. Cette forme, c’est-à-dire la manière de parler, est d’habitude tellement dissoute, on est si attentif au sens qu’on oublie, on n’a pas la disponibilité pour s’intéresser à la forme. Or c’est une matière extrêmement riche, variée, et parfois virtuose. Le texte ne charrie qu’une fraction du sens. Dans une conversation de tous les jours, il y a des paroles qui se chevauchent, des phrases qui restent en suspens. C’est l’échange qui est important, la manière de reprendre la balle au bond entre interlocuteurs, de faire dévier la conversation : on peut en faire une partition. Et la faire interpréter par une chorale.
Peut-on complètement dissocier le fond et la forme de la parole ?
La forme n’a souvent de sens que par rapport au fond. Dans la mise en scène, il est nécessaire de prendre en compte le sens, ne serait-ce que pour éviter des rapprochements malheureux. Deux extraits peuvent être proches par la forme, mais leur rapprochement aura peut-être une connotation embarrassante. Chaque document possède plusieurs dimensions. En réunir plusieurs, c’est créer des rapports complexes entre ces diverses dimensions, dont on n’a pas conscience immédiatement.
Voit-on encore apparaître de nouvelles formes de parole ?
Ma mère m’a envoyé récemment un enregistrement de la voix synthétique de son GPS.
 
Edouard LAUNET

vendredi 27 septembre 2013

Impulstanz 2013 - Benoît Lachambre

quelques photos du travail fait avec Benoît Lachambre en août dernier à l'occasion de Impulstanz à Vienne

Benoît Lachambre















mercredi 25 septembre 2013

Suite n°1 "ABC" - Encyclopédie de la parole - c'est parti !

C'est parti pour un nouveau projet avec la compagnie l'encyclopédie de la parole 
mis en scène par Joris Lacoste et présenté au Centre Georges Pompidou du 16 au 20 octobre et au Nouveau théâtre de Montreuil du 19 au 23 novembre dans le cadre du Festival d'Automne à Paris







jeudi 12 septembre 2013

Alla ricerca di una comune salvezza

-Intervista a Davide Iodice-


Davide Iodice
Davide Iodice durante un laboratorio (photo: Vincenzo Botte)
























Classe 1968, fondatore nel 1992 della compagnia Liberamente, condirettore artistico del Teatro Nuovo di Napoli dal '95 al '99, Davide Iodice afferma il proprio credo per un teatro che parli di vita piuttosto che emularla. 

In attesa di ritrovarlo domenica prossima, 15 settembre, al festival Benevento Città Spettacolo con "Mangiare e bere. Letame e morte", e ad ottobre presso l’Ex-Asilo Filangieri con la Scuola Elementare del Teatro, un laboratorio permanente a partecipazione gratuita, discutiamo del suo lavoro e di una nuova produzione, che debutterà nel 2014 al Napoli Teatro Festival.
 


Incontriamo il regista nella sua città, una Napoli particolarmente viva, misteriosa e popolata ancora da antiche leggende e miti sotterranei.



Davide che cos’è per te il teatro?
Il teatro è la vita stessa, nasce come catarsi e condivisione della 'polis', dunque come superamento delle proprie paure, della propria finitezza; nello stesso tempo è condivisione in comunità, fare politica.

Quali sono stati i tuoi principali riferimenti?

Sicuramente Antonio Neiwiller, pensatore, regista e drammaturgo teatrale geniale, alla cui visione mi sento particolarmente vicino, e poi Leo De Berardinis, con il quale sono stato in stretto contatto e di cui condivido l’idea di un teatro laboratorio nel senso di una formazione permanente dell’attore.

La fabbrica dei sogni di IodiceLa fabbrica dei sogni (photo: NTFI)















 Nei tuoi ultimi lavori, in scena ritroviamo persone 'vere', che ci portano direttamente nella propria vita. Perché questa scelta e come riesci a farli essere spontanei ed efficaci pur non essendo loro attori?
Questa è una linea di ricerca che perseguo da sempre, nel tentativo di individuare all'interno del processo creativo l’autenticità. E' una tensione rispetto alla considerazione dell’arte come bellezza e del fare dell’evento scenico un’intensità vitale come ricerca poi formale, che superi l’ortodossia teatrale stessa. Ad esempio, ne “La fabbrica dei sogni” sono partito dal senso di fallimento di una società basata sulle illusioni, sono andato quindi alla ricerca di un’immagine che corrispondesse a questa realtà; l’ho ritrovata nel dormitorio di Napoli, specchio di un'umanità.
Così, anche in “Un giorno tutto questo sarà tuo” ho riflettuto sul senso di responsabilità del passaggio di valori da una generazione ad un’altra, mettendo in scena i genitori stessi dei miei attori. Credo sia fondamentale chiedersi: “Cosa ho da dire?”.
Amo guardare alla vita anche da scorci poco visitati, e ritrarre ciò che vedo e sento nel momento stesso in cui lo vivo. Sulla base dell’intuizione, parto dalle persone basandomi sulla necessità piuttosto che su un’idea di stile.

“Che senso ha se solo tu ti salvi” è il titolo della prossima produzione. Da dove nasce?

E' un’esplicita espressione di Neiwiller, un debito di riconoscenza ad un artista napoletano importante, anche per chi non lo ha conosciuto. E la domanda che sta alla base nasce ancora una volta da un’urgenza di realtà, dalla riflessione sulla società in cui viviamo: fine delle illusioni, riduzione del sogno in maceria, e responsabilità di questa frammentarietà, di queste rovine.
E nasce anche dal domandarmi cosa fare di queste rovine: si cammina e si passa? O si creano dei sodalizi per tentare delle proiezioni che in qualche modo cerchino un varco? Secondo me il varco, e quindi una possibilità di uscita da questo tempo doloroso, esiste. Viviamo in anni di sofferenza su tutti i livelli, dal punto di vista economico, espressivo, è diffusa oramai da tempo questa parola: “crisi”… Come diciamo mutuando da Pasolini “non sono io in crisi, è l’Italia che è in crisi, ed è la stessa crisi che vivo io”; e quindi come se ne esce? Per me se ne esce con l’umanità, con la compassione, che non intendo qui come misericordia cristiana ma come sentimento di empatia, ovvero come solidarietà, condivisione di progetti, superamento dei propri limiti corporei per proiettarsi verso gli altri, nella creazione di una forza ed un diritto comuni ad una vita dignitosa.

Come metterai in relazione il tema della compassione con il lavoro che farai svolgere ai tuoi attori?

Nella ricerca mi ispiro a “Le sette opere di misericordia di Caravaggio”, che tra l’altro in passato mi ha ispirato anche per "Dove gli angeli esitano". La peculiarità di Caravaggio è di mettere al centro del proprio interesse artistico la persona, e di osservare la realtà trasportandola su un piano espressivo e poetico, laddove possibile. Intendo il senso della “salvezza” come desiderio di un'uscita comune. Per lo sviluppo dei temi che affronterò nel lavoro, come “dare da mangiar agli affamati, dare da bere agli assetati”, utilizzerò i luoghi fisici in cui tali temi vengono vissuti quotidianamente, facendo entrare in contatto i miei attori e danzatori con le persone che vivono in questi posti.





Alessandra Fabbri in Mangiare e bere. Letame e morte
Alessandra Fabbri in 
Mangiare e bere. Letame e morte (photo: Irene De Caprio)


























Il teatro ci salverà? E chi si salverà nel teatro?

Il senso è superare se stessi e condividere la propria umanità con gli altri. Bisogna riconoscersi nel teatro come uomini. Non so precisamente da cosa bisogna salvarsi, sicuramente dal cinismo e dal proprio individualismo.

Trovi Napoli stimolante per il tuo lavoro? Cosa ti piacerebbe cambiare di questa città e dell’Italia in generale?

Napoli è il dito messo costantemente nella piaga… e così è l’Italia, una società in cui ci viene presentato come modello il reality show, che realtà non è, bensì un suo surrogato. In maniera fin troppo banale, i modelli che ci ha dato la televisione hanno creato nel tempo l’impoverimento di un’azione critica ed intellettuale, basandosi solo su tutto quello che è spettacolarità, vagheggiamento, puntando insomma ad una società vanesia, che non mette la persona al primo posto, che taglia le spese per i servizi fondamentali. In questo quadro, come può esserlo il teatro? Lo stato del teatro italiano è sotto gli occhi di tutti, non viene riconosciuto come valore, né tanto meno la cultura in generale.
Così, Napoli stessa millanta, senza porre le condizioni per cui l’artista possa svolgere il proprio lavoro serenamente. Credo che il sistema teatrale italiano sia totalmente da rifondare.
 Tutti quelli che sono i tentativi di rete, prossimità e vicinanza vanno sicuramente sostenuti; ammiro in questo senso l’input che ha dato il Teatro Valle.
Nello stesso tempo è importante, come diceva Leo, che l’artista migliori la propria ricerca, rendendo il proprio segno espressivo sempre più potente, e senza mai smettere di ricercare. Bisognerebbe poi ristabilire i criteri di valutazione dei progetti artistici e rivendicare il valore umano del teatro non sulla base economica, ma su una base qualitativa; ciò non vuol dire che non occorra trovare soluzioni funzionali per sostenere l’arte economicamente. Il criterio di valutazione dell’arte, secondo me, è capire il valore inestimabile di un'opera rapita; come scriveva Majakovskij nel 1914 in “La nuvola in calzoni”: «Voi dicevate “Jack London, denaro, amore, passione,” ma io vidi una sola cosa: vidi in voi una Gioconda che bisognava rubare! E vi hanno rubata».



-Chiara Alborino- 
KLP Teatro
http://www.klpteatro.it/alla-ricerca-di-una-comune-salvezza-intervista-a-davide-iodice